Pourquoi les séances d'essai sont inutiles au jeu de peindre ?

Le 31 Mar 2020

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Les inscriptions sont annuelles. Une année peut sembler longue à ceux et celles qui pensent que l’engagement nuit à leur liberté… Toutefois c’est uniquement la régularité qui nous libérera de nos conditionnements. Une séance hebdomadaire durant une année amorcera une profonde transformation…Pour certains, ce processus d’expression naturelle est très enfoui et il sera nécessaire de se désencombrer pour que la spontanéité émerge. Voir les croyances limitantes qui nous entravent ou voir celles de nos enfants est une belle opportunité de les transformer et de restaurer cette confiance profonde en nos capacités naturelles. Plutôt que de fuir ces difficultés, je vous invite à les dépasser. Ce sont souvent des expériences très précoces, dont on n’a parfois pas conscience, qui ont inhibé notre spontanéité. Les comparaisons, les attentes de résultats, les louanges, la croyance que la trace est seulement de la communication, les ateliers de barbouillage, … Toutes ces expériences stérilisent un potentiel gigantesque qui est en chacun de nous. La capacité de tracer fait partie des capacités innées de l’être humain. Un enfant doute de lui et perd sa spontanéité créative quand il a cru ne pas avoir répondu aux attentes erronées des adultes. 

Pour certaines personnes, il suffit de quelques séances, dans la structure particulière du jeu de peindre, pour que s’exprime ce Tracé, qu’Arno Stern a nommé la Formulation. Cependant, même pour celles-ci, ce n’est que dans la continuité que les bénéfices du jeu de peindre se ressentent. Vivre une heure et demie par semaine durant une année, dans un lieu où l’autre n’est pas là pour approuver ou désapprouver ce que l’on fait et où l’on partage nos différences sociales, culturelles et d’âges, sans intrusion, sans compétition et sans comparaison, est déjà exceptionnel en soi. Ce va-et-vient entre l’espace collectif qu’est la table-palette et l’espace unique qu’est notre feuille, est une expérience qui nous fait vivre ce que notre biologie espère depuis la nuit des temps, depuis la création de notre première cellule : un espace de sécurité et de respect dans lequel la croissance vient spontanément. Cette capacité d’être co-créateur, cette infinitude et cette plénitude nous constituent et sont inscrites dans la mémoire universelle de nos origines.

« En outre, vous devez savoir que pour vivre pleinement votre vitalité, il faut davantage que simplement vous débarrasser des stress de l'existence. Dans la séquence croissance–défense, l’élimination du stress vous amène seulement au point neutre. Pour vous épanouir, nous devons non seulement éliminer le stress, mais aussi chercher activement à vivre dans la joie,  l’Amour et la satisfaction afin de stimuler le processus de croissance. » 

Bruce Lipton, la biologie des croyances

C’est précisément à cette mémoire originelle et organique, commune à toute l’humanité, que le jeu de peindre donne l’opportunité de se reconnecter et d’exprimer au travers de la Trace…

Je rencontre parfois des personnes qui me disent : « Oui le jeu de peindre, je connais, j’ai fait une séance d’essai ». Le plus triste, pour ces personnes, c'est de rester enfermées dans le fantasme de connaître quelque chose parce qu’elles en ont fait l’essai. Tout comme certaines personnes clament « oui l’Afrique, je connais » ou l’expression raccourcie qui en dit long « j’ai fait l’Afrique ! » parce qu’elles y ont séjourné quelques semaines en ayant l’illusion que cette courte expérience, souvent hors contexte, leur apporte la connaissance de tout un continent et de ses différentes cultures ! Ou de prétendre connaître une personne pour l’avoir côtoyée quelque temps… Ces illusions sont le travers de notre société de consommation... Elles contribuent à augmenter l’état d’insatisfaction qui y règne.

D’où viennent ces états d’insatiabilité, ces changements constants, ces recherches effrénées de technologies nouvelles, cette fuite vers l’avant ? Nous n’avons tout simplement plus confiance en nos capacités biologiques, ni en celles de nos enfants. Les effets pervers qui en découlent nous ont amenés à un cercle vicieux de consommation, à rechercher une satisfaction extérieure et détruire toute une planète ! Cette connaissance est en nous et il ne tient qu’à nous de lui donner l’environnement nécessaire à sa renaissance ! 

Le premier besoin pour faire germer toute chose, que ce soit la graine ou la confiance, c'est de créer un climat de quiétude et de stabilité. 

La stabilité n’est ni de la rigidité ni de l’inertie. Elle pose l’esprit, tant celui des enfants que celui des adultes. Quand, en pensant nous écouter et nous respecter, nous nous demandons chaque semaine : « Vais-je aller au jeu de peindre ? » Nous connaissons tous ces petites voix qui freinent nos aspirations, qui nous disent de rester au lit car nous sommes tellement fatigués ce matin. Puis la semaine d'après, c’est un rhume, « ce n’est pas bon de sortir ! ». Nous avons tous des milliers de raisons de reporter nos élans. Malheureusement l’écoute de ce bavardage incessant nous entraîne dans notre propre esclavage. Notre mental déteste le bouleversement énergétique qu'apporte la puissance de l’engagement.

La même erreur, très fréquente chez les parents très bien intentionnés qui ont peur de « blesser » leurs enfants, et qui consiste à demander constamment à leur enfant ce qu’il veut manger, ce qu’il veut faire, ce qu’il aime et allant jusqu’à lui demander ce qu’eux-mêmes doivent faire… Vous connaissez certainement des enfants qui vivent cette situation, une énorme tension et frustration se lit sur leur visage !

« Une attention parentale qui engendre des signaux plus nombreux et plus intenses chez l’enfant est donc une forme d’attention tout à fait inadéquate ». Plus tard les enfants les plus frustrés et les plus « contrariants » se comporteront de manière asociale pour signifier qu’on leur montre comment coopérer » Jean Liedloff 

Les allées et venues de personnes qui « essaient » ce jeu amène l’insécurité et réfugient les individus dans leurs carapaces sociales. Celles-ci sont tellement grandes et habituelles que peu de personnes sont conscientes que c’est un tout autre « jeu » qui se joue là et qui n’a plus rien à voir avec le jeu de peindre. La certitude, par exemple qu’on ne sera ni jugé, ni évalué, ni même comparé, a besoin de temps de même que l'assurance qu’en ce lieu abrité, personne ne trahira cette confiance. Quand elles viennent se joindre à un groupe déjà constitué et engagé, leurs regards curieux importunent l’espace commun par le questionnement qu’ils posent sur leur propre engagement. L’expression de la Formulation nécessite une intimité sans précédent: 

« Sans regard sur l’extérieur… Aucune sollicitation, aucune influence, n’assaille la personne dans cet espace protégé. » A. Stern . 

Car jamais l’essai ne sera porteur de l’évidence de ce jeu. « Dans la prodigieuse quiétude du Closlieu, chaque individu accède à une langue maternelle insoupçonnée, celle de la mémoire organique que, à son insu, il porte en lui » A. Stern 

Le rôle si important du praticien servant, qui est d’être aux services des personnes au sein d’une structure dans lequel il a lui-même confiance et d’en être le garant, est lui aussi mis en doute... Le besoin de stabilité est un besoin vital. Beaucoup de nouveaux praticiens servants pensent que leur liberté est mise en jeu dans l’application d’une structure telle que celle du jeu de peindre. Pourtant l’obéissance n’est pas la soumission (obéir vient du latin oboedire : prêter l’oreille). En prêtant l’oreille, en écoutant la personne qui a tant d’années d’expériences, en l’occurrence ici Arno Stern, on reçoit, par son exemple, cette transmission et on bénéficie de cette connaissance nouvelle. La liberté est soutenue par la structure comme notre squelette soutient nos muscles dans notre liberté de mouvement. Nous avons tellement pris l’habitude séculaire de nous soumettre ou de nous rebeller —ce qui revient au même — à une hiérarchie fictive car humaine, qu’elle soit représentée par des institutions ou des personnes physiques, que nous en avons oublié cette alliance mystérieuse entre la liberté et la structure. Nous avons tellement pris la mauvaise habitude de nous rebeller contre les lois naturelles de la Vie que nous détruisons celle-ci, sans conscience, en nous comme autour de nous. L’expérience nous démontre que les séances d’essai sabotent l’espace comme le jeu car la stabilité et la confiance qui en découlent ne sont plus présentes.

Un atelier d’expression « libre » n’a rien à voir avec l’espace Clos du jeu de peindre. Leurs objectifs divergent : dans l’un « on apprend à peindre », à « faire » et on est heureux de « s’exposer » et de plaire à un enseignant ou/et à un vaste public. Au jeu de peindre, nous sommes invités à « être » nous-mêmes parmi les autres, à être dans l'instant présent sans attendre de réussite ou de récompense. Beaucoup de personnes confondent encore et pensent que le jeu de peindre offre un dispositif différent pour un objectif similaire aux ateliers d'expression libre. 

Plutôt que d’offrir des séances d’essai, organiser des séances d’informations, des conférences, expliquer et faire savoir ce que le jeu de peindre apporte d’unique, est fécond : nous sommes nombreux à être en recherche de ce quelque chose qui nous manque au plus profond de notre être et qui ne demande qu’à s’ouvrir et à s’exprimer… Le jeu de peindre est un jeu qui nous aide à retrouver la plénitude, à être dans l’instant présent, à jouir de cette vie qui vibre en nous et à la régénérer.

« Cela est à mettre en parallèle avec le syndrome d’épuisement généralisé dont souffrent les habitants de nos sociétés. Le climat de compétition généralisée et de recherche permanente de compétitivité entre entreprises, entre régions, entre pays, génère un immense besoin d’apaisement, de protection et de sécurité. Mis à part les subterfuges qui sont censés nous consoler, comme les drogues ou la consommation matérielle- et qui ne consolent pas- nous n’avons plus vraiment de refuges où suspendre notre méfiance, à tel point que se montrer véritablement authentique sur son lieu de travail nous parait un acte révolutionnaire. » P. Servigne et G. Chapelle

Recevoir les futurs participants en dehors des séances, prendre le temps de leur expliquer la structure spécifique et les règles de fonctionnement, fait partie de cette qualité relationnelle à laquelle le jeu de peindre nous invite ! Merci à Arno Stern de nous montrer l’exemple.

Futurs praticiens : soyez patient et  ayez confiance en cette structure qui portera ses fruits. Ce ne sont pas les démarches commerciales comme les séances d’essai, ou à la carte, qui, même si elles attirent un public curieux et nombreux, vous apporteront un public engagé sur lequel le jeu de peindre se construit. 

 

« En outre, vous devez savoir que pour vivre pleinement votre vitalité, il faut davantage que simplement vous débarrasser des stress de l'existence. Dans la séquence croissance–défense, l’élimination du stress vous amène seulement au point neutre. Pour vous épanouir, nous devons non seulement éliminer le stress, mais aussi chercher activement à vivre dans la joie, l’Amour et la satisfaction afin de stimuler le processus de croissance. » B. Lipton 

Ouvrons-nous aux lois organiques :

Tout comme un arbre planté avec soin offrira un jour ses fleurs et ensuite ses fruits, un atelier du jeu de peindre installé avec soin, confiance et rigueur apportera ses fruits au monde car le monde a besoin de cette stabilité, de cette quiétude afin que les individus se régénèrent et évoluent vers ce nouvel art de vivre ensemble.

 

Estelle Bieswal praticienne servante du jeu de peindre 

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